Bélinda Ibrahim

L’homme en habit de lumière

L’homme en habit de lumière

 

C’est un soleil de minuit. Il irradie tellement d’ondes positives que, dès que son regard se pose sur vous, vous prenez une grande inspiration et cessez de respirer: une radiographie se doit surtout de ne pas être floue!

Liant, cordial et ouvertement expansif, il se raconte en quelques heures en votre compagnie autour d’une bouteille de vin blanc qui encourage, délie et enjolive ses mots. C’est en quelque sorte “ La Bonne Parole” cuvée 2004.

Une conversation à bâtons rompus qui vous apprend qu’il est… une vieille âme en mission dans un monde en perdition: comme lui, il n’y en a que quarante dans le monde! Eh oui! Une iridologue le lui a confirmé à l’instant où elle l’a regardé dans le blanc des yeux.

Il fait partie de la race de ces prophètes zen qui refusent d’hypothéquer demain pour après-demain, vivent sans attentes, et qui ont laissé leur ego dans les vestiaires en prenant soin de bien égarer leur ticket afin de ne pas être tentés de le réclamer un jour.

L’homme en habit de lumière est calme et serein. Que pourrait-il lui arriver de négatif puisqu’il est blindé contre les éventuelles flèches empoisonnées des esprits maléfiques? Il vous invite vivement à vous convertir à sa philosophie. Fort attrayant tout ça pour une hypersensible en profondeur de votre espèce, mais entre la théorie et la pratique, le grand écart se calcule davantage en années lumières qu’en métrage.

Son discours est d’une sagesse inouïe: suite dans les idées, construction mentale infaillible… Pourtant, notre homme reste, avant tout, un jouisseur en puissance: c’est un adepte du «ici et maintenant» qui reste sa formule magique préférée. Lorsqu’il est heureux en votre compagnie, il l’exprime avec fougue, utilise des mots, certes dénués de blabla, mais suffisamment séduisants pour que vous y succombiez. Seulement au-delà de cette limite, votre billet n’est plus valable. N’allez surtout pas croire qu’il se plaira  « tout le temps » avec vous. L’homme en habit de lumière est regardant quant à ce qui sort de sa bouche, jamais pour ce qui y rentre: gourmandise et potomanie oblige. Ses déclarations affectives sont distillées et délivrées au compte-gouttes en mode rationnement-Seconde Guerre mondiale. Pour comprendre s’il éprouve des sentiments pour vous, vous devrez compter sur une phrase du genre: «Mais tu as l’air de croire que je ne t’aime pas!» Estimez-vous heureuse car, cette phrase-là, il ne la répètera plus jamais et vous traitera de femme de peu de foi si vous manifestez le moindre doute quant à son inclinaison.

C’est le genre d’homme à aimer plutôt à distance: vous construirez mentalement des châteaux en Espagne autour de la pseudo certitude de vos affinités réciproques, entretenue par l’éloignement. La réalité s’avèrera par la suite, un pur et simple phénomène de cristallisation qui ne survivra pas à votre rencontre si celle-ci venait à durer plus de quelques jours d’affilée.

Confrontés tous deux à une vie plus pratique que prophétique, les belles phrases sur lesquelles vous aviez édifié un programme émotionnel du troisième type disparaîtront à la seconde où vous maculez son parquet de vos semelles en caoutchouc qui «laissent de vilaines traces». Pour quelqu’un comme lui qui revendique des élévations spirituelles bouddhistes, rien de plus terre à terre comme remarque désobligeante. C’est alors vous qui lévitez sous l’effet de la surprise.

Suivront une cascade de titillements qui vous feront très vite oublier que étiez venue retrouver un être d’exception au contact duquel vous comptiez devenir une bien meilleure personne. Finalement, c’est drapée de votre ego, plus rayonnant que jamais, que vous faites brusquement volte-face, ravie de retrouver une vie peut-être dénuée de sagesse dans le sens lassant du terme, mais combien palpitante et trépidante, au grand étonnement de l’homme en habit de lumière, complètement dépassé par vos réactions « impulsives », votre débit impressionnant de paroles, vos pyjamas de petite fille et votre amour démesuré pour les ours en peluche et le chocolat noir.

Vous vous avérez disciple très difficile à convertir. Il revoit en boucle E.T. de Spielberg, ayant flairé une forte ressemblance entre vous et le héros du film (l’extraterrestre bien sûr, pas l’enfant!), pour essayer de comprendre. En vain. Vous demeurez un mystère et très certainement, l’exception qui aura confirmé, pour lui, que toutes les femmes qui vous avaient précédé dans sa vie étaient bien les bonnes.

Morale de l’histoire: vous voici désormais nantie d’une règle d’or à ne jamais plus déroger: les philosophies myopes qui ne tiennent plus la route dès que la visibilité requise dépasse plus d’un kilomètre à parcourir à deux… sont à bannir!

Conseil: dès que vous rencontrez un homme en habit de lumière, chaussez vos lunettes 3D spécial-éclipse solaire conforme aux normes européennes et portant le label CE. Si vous voyez une simple branche d’arbre au lieu d’un astre de cristal, FÉLICITATIONS: vous n’avez plus besoin de consulter un psy. Vous venez simultanément d’être foudroyée et guérie. Instantanément. En revanche, si l’image lumineuse persiste, désolée de vous annoncer que vos lunettes sont probablement… contrefaites!

 



02/05/2010
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