Bélinda Ibrahim

Le très politiquement correct

Le très politiquement correct

 

La minute où vous le rencontrez, vous êtes sous le charme. Totalement. Irréversiblement. Séduction, finesse dans les propos, intelligence redoutable, culture inépuisable, cet homme est l’incarnation vivante de ce dont vous aviez toujours rêvé. La réalité s’avère, comme de coutume, toute autre. Vous avez affaire à un être de la race de ces irréductibles conquérants qui fauchent tout sur leur passage, et pourquoi pas vous?!

Dès le départ, c’est vous qui donnez le ton à votre relation amicalo-professionnelle, limitant vos échanges à ce qui en réfère. Strictement. Cependant, dans les pauses « baisse de garde » que vous vous accordez mutuellement, l’attraction semble de toute évidence réciproque même si elle reste très contenue. Les propos qu’il vous tient demeurent fidèles à son image : très politiquement corrects… même dans la tangente !

Vous surnommez cette période de votre vie “ rouge écarlate”, en référence à Picasso et sa palette d’états d’âme colorée. Rien qu’à sa pensée le rouge vous monte aux joues ! Jamais homme ne vous aura autant troublée. Même à distance, au bout du fil, vous devenez écarlate au simple son de sa voix. C’est que cet homme a plus d’un tour dans son manuel de séduction. Doté d’une patience à toute épreuve, il prend tout son temps. Les registres de l’amitié dans toutes ses variantes seront inspectés… et contrôlés. Vous êtes fragile, vulnérable et il le sait. Mais n’en profite pas.

Il vous tient toujours un langage qui vous rassure. Il vous apprivoise, vous surprend par des appels téléphoniques “ hors cadre”, s’enquiert de vous gentiment, vous propose un dîner ou pourquoi pas un déjeuner si cela est plus rassurant. À vous de décider du jour et de la date. Il est à votre disposition. Il pense beaucoup à vous dans ces moments difficiles de transition que vous vivez à troquer une vie de famille contre une autre, amputée d’un homme officiel à vos côtés.

Séduite, vous l’êtes. Libre de l’exprimer ? Beaucoup moins. D’autant plus que les conquêtes de ce très politiquement correct ne se comptent pas, y compris les légitimes, également nombreuses et déjà reléguées dans un passé affectif plutôt triste.

Vous n’êtes pas à même de mener une telle bataille, alors que vous venez à peine de tourner le dos à un front qui vous a laissée exsangue.

Alors, vous passez votre temps à vous défiler et à refuser tout ce qui pourrait impliquer l’éventualité d’une évolution dans vos relations.

Il vous propose une collaboration… Votre seigneur et maître du moment répond au doux nom de lâcheté. Vous ne vous prononcez pas. De son côté, il n’obtient pas, par un malheureux concours de circonstances, la prestigieuse position qui lui était promise. Le destin aura ainsi tranché pour vous.

Ce manège de séduction - cœur qui chavire - joues en chaleur, durera près de trois ans. À chaque fois, les raisons de revenir à la charge sont toujours valables et votre immense admiration pour cet être exceptionnel, intacte. Néanmoins, des obstacles, de part et d’autre, du genre majeurs-incontournables, du moins à ce moment-là, vous lestent. Tous les deux.

Il voudrait bien donner un ton différent à votre relation mais votre méfiance finit par venir à bout de sa patience.

Vos rencontres s’estompent avec les raisons qui les accompagnaient de pair.

La vie se charge de remettre doucement tout en place et chacun de vous poursuit son petit bout de chemin. Lorsque vous le revoyez, vous ne rougissez plus. Lui garde toujours cette étincelle au fond des yeux qui vous assure d’une tendresse particulière latente. Mais l’urgence n’est plus au rendez-vous. Il a finit par faire des choix, dans sa vie privée, dont vous le pensiez incapable. De votre côté, vous avez été au bout du vôtre avec l’homme de votre vie de l’époque, mais sans pour autant vous engager…

Aujourd’hui, à l’heure des bilans, c’est lui qui a, sur vous, l’avantage d’avoir eu les moyens de sa politique… et de les avoir appliqués avec transparence alors que vous le pensiez incapable de traiter une relation avec sérieux. Une belle leçon pour votre orgueil démesuré doublé d’un léger sentiment de regret à rebours, à l’approche de la maturité, de n’avoir pas eu le courage d’accompagner, ne serait-ce que pour un moment (ou plus si affinités), un être qui avait subjugué votre mental et que vous avez choisi de fuir par crainte de ne pas compter… ou, à l’inverse, de compter bel et bien, mais parmi tant d’autres…

Un conseil : si jamais vous rencontrez un homme qui a le pouvoir de vous faire rougir à distance, foncez la tête baissée sans vous poser trop de questions. Vous avez tout le temps pour pâlir de votre erreur et risquez de le regretter le jour où il n’aura plus cet effet sur vous !

 

 



02/05/2010
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