Bélinda Ibrahim

L’homme en stuc

L’homme en stuc

 

Faux et usager de faux. Ce faussaire est né avec des cellules… en stuc ! Petite anomalie qui fait de lui un homme différent, maladivement mythomane avec, à son actif/passif, un parcours digne d'Arsène Lupin, la mention “ gentleman” en moins. Pour “ cambrioleur”, on privilégie le terme “ escroc”, plus consistant et plus proche de la réalité.

Ce “ ni gentleman mais néanmoins escroc” a plus d’un tour dans son sac. D’ailleurs, sa vie entière est un énorme bluff auquel il croit dur comme du bronze. En éternelle représentation, le rideau, pour lui, ne tombe jamais. Les rares moments où il se retrouve avec lui-même servent à l’autoalimenter en contes des Mille et Une Nuits qu’il se réapproprie par osmose schizophrénique avec lui-même. Un énorme vase (mais néanmoins faux Ming !) communiquant.

Collectionneur avant d’être homo sapiens, il ne carbure qu’à la loi du nombre. Maisons, terrains, voitures, tableaux, objets d’art, passeports, cartes d’identité, femmes… tout est sujet et matière à collection. Son penchant pour la poésie le pousse à rajouter à son frénétique et insatiable amour pour le cumul, une série de poèmes qu’il déclame au cours de ses conversations téléphoniques nocturnes à la gent féminine au cœur tendre. Comment ne pas être touchée par un homme capable d’écrire d’aussi belles choses, à la fois tristes et émouvantes?

En est-il ou n’en est-il pas l’auteur? That is the question! Shakespeare aurait, dans ce cas, répondu par un cinglant «Out of question»!

Pour qui a du mal à s’exprimer dans la langue de Molière avec aisance, il serait présomptueux de prétendre coucher par écrit des alexandrins libres et fous, avec une rare maîtrise de poète né… au siècle dernier par exemple! Mais voyons, on ne va quand même pas s’attarder sur ce genre de détails insignifiants: quelques poèmes empruntés qu’on rendra bien un jour à leur auteur (à moins de les avoir tout simplement achetés ou s’être proposé de financer leur publication pour compte de… depuis des années!) Mystère. Mystères…

L’homme en stuc est une véritable nébuleuse: on se demande s’il a un cœur comme tout le monde, un foie, des reins ou s’il ne serait pas par hasard “ Bionic Man”. Il entretient son aura auprès d’une cour où il se trouve dans l’obligation d’en diversifier constamment les membres afin que les couleuvres soient plus faciles à (r)avaler. Ainsi, il jette son dévolu sur les diplomates, qui ont l’avantage, sur les autochtones, d’être de passage…

Son carnet mondain se doit d’être rempli en permanence et il ne se déplace qu’en « groupe »!

Pour vous faire la cour, il vous invite gentiment à dîner. Ce dont vous ne vous doutez pas c’est que cet homme ne connaît pas l’existence des “ tête-à-tête”. Pour lui, le plus important est de voir et surtout, d’être vu… par les mondains de son espèce. Vous vous retrouvez en “ nombre” avec une fourchette, en fonction des soirs, variant de 8… à 200 personnes ! La partie “intimiste” se jouera invariablement durant la seconde mi-temps de la soirée : un bras savamment posé autour de vos épaules ou une main (baladeuse) posée en évidence sur votre bras afin que l’assistance entière note bien l’existence de “la nouvelle pièce de collection” qu’il exhibe comme un étendard. Les déclarations enflammées se feront plus tard, au moment où chacun de vous a fini par regagner son domicile et que le téléphone sonne… avec au bout du fil, Don Juan (version Jean Piat) et son urgence extra-muros !

Mais à malin, malin et demi ! Il suffit - pour certaines personnes avisées - d’un temps record pour démasquer le jeu de l’homme en stuc et le mettre à nu. La recette est toute simple et prête à l’emploi : le contredire sans cesse et mettre en danger sa pseudo crédibilité, par des allusions sur son mode de vie controversé.… La réaction est quasi immédiate : il montre des signes d’impatience, de fatigue physique, prétexte des malaises et se replie au plus vite dans son territoire. Son havre de paix en stuc de chez Stuc. Comme lui.

En fait, ce qui l’intrigue en vous, c’est qu’à aucun moment vous n’avez montré des signes de crédulité. Vous êtes restée de marbre (du vrai de vrai cette fois !), sourde et muette devant son inépuisable étal de supercheries.

À un moment, l’envie de découvrir quel homme se cachait derrière toutes ces sornettes vous a sincèrement taraudée, curiosité féminine oblige !

Dans un ultime élan d’honnêteté et d’humanisme, vous le faites passer au scan : image floue suggérant une substance douteuse plastifiée. Recours à l’artillerie lourde : l’IRM, cette fois-ci avec la certitude de découvrir enfin les couches les plus secrètes de son être : Niet ! Du stuc, pur jus, pire produit. Ce que vous avez atteint de plus profond en lui provenait de la même essence.

Vous êtes déçue de le «trouver en somme bien creux. Normal, puisqu'il n’est rempli que de lui-même» ! Fin de mission. La stratégie/sortie de secours est fin prête : vous cognez fort dans son ego en vous décommandant un soir en dernière minute, mentionnant «un verre (duquel vous ne pouvez absolument vous défiler) à prendre avec un ami à… 23h00 !» Touché/coulé. Ledit ego l’empêche de manifester le moindre désappointement. Il vous souhaite de passer une agréable soirée. Vous raccrochez tous les deux sachant pertinemment que vous sortez à jamais de la vie l’un de l’autre. Votre douce et belle réalité aura réussi à mettre, l’espace de quelques jours, ses fabulations délirantes de grand mythomane narcissique à dure épreuve. Il ne pouvait souffrir de « se voir » dans votre regard comme dans un miroir sans tain…

Avis : tenez-vous bien loin des bandits des grands chemins. Même reconvertis en citoyens “ au-dessus de tout soupçon”, ils n’auront jamais la prestance d’un Arsène Lupin surtout si vous avez l’âme d’un Hercule Poirot! Une dimension leur manquera toujours : celle de “ gentleman cambrioleur”…

 



02/05/2010
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