Bélinda Ibrahim

L’American Gigolo

L'American Gigolo

 

Il incarne à lui seul la définition du mot leurre déclinée dans toutes les composantes du terme: verbe, adverbe, adjectif, nom commun masculin singulier… sauf qu'il n'a rien de commun, un beau brin de masculin et beaucoup de singulier.

L'American Gigolo est de prime abord timide, voire réservé. En apparence seulement. Conscient de son charme et d'une solide réputation de tombeur qui le précède (et qu'il entretient par moult suggestions), il se présente comme un homme moderne, ouvert et simple. Que nenni! Monsieur Narcisse privilégie, avant toute chose, le culte de sa propre personne et celui de sa notoriété professionnelle!

Nulle question de rater une occasion de se montrer ou de se faire valoir. Vous le rencontrez  partout: aux inaugurations, cocktails, concerts, nouvelles boîtes de nuit huppées, restos dernier cri, galas de bienfaisance… étrange paradoxe: cet oiseau de nuit occupe néanmoins ses journées surchargées à pratiquer un métier des plus louables et des plus contraignants! Il y réussit d'ailleurs fort bien et son ambition illimitée le prépare à un avenir, sans doute, extrêmement prometteur.

Pas plus simple que modeste, notre homme est plutôt nonchalant, parfois irrévérencieux, constamment en retard, ne décommandant jamais ses engagements et comptant sur la gent féminine pour prendre ses programmes en charge! Son credo: répondre toujours par la positive à tout ce qui lui est proposé. «Parole, parole, parole» est une chanson que Dalida a certainement composée pour ceux, fort nombreux, de son espèce! Ses mots carburent au moulin à vent: dénué de sens et de substance.

Il entreprend de vous raconter succinctement les grandes lignes de sa vie sentimentale (du reste assez variée compte tenu des tranches d'âges inspectées).

Vous vous prenez instantanément de sympathie pour lui et pensez être sur la même longueur d'onde, à savoir partager avec lui une relation ultra light, 0% de matière grasse, et vivre chacun sa vie de son côté. Sans contrainte aucune. Une sorte d'entente amicalo-physico-complice. L'idéal quoi. Seulement, chez lui, ça grince! Quelques cinés-dîners-concerts-théâtres plus tard, vos rencontres s'estompent jusqu'à se limiter à un entre deux portes en fin de nuit. Un 5 à 7, entre 1h00 et 3h00 du mat! Du backstreet avec un homme libre. Hallucinant.

Promesses jamais tenues, attitudes cavalières, mollesse dans les propos, l'American Gigolo est toujours « crevé », vous donne quand même l'impression de se plaire en votre compagnie mais disparaît jusqu'à ce que vous preniez l'initiative de le rappeler vous-même. Mais enfin! Pourquoi demande-t-il à vous voir s'il n'a qu'une seule envie: celle de vous larguer?

Il ne répond jamais à vos SMS spirituels qu'il prétend trouver très drôles. Curieux. Vous commencez à douter de sa finesse d'esprit. Vous n'êtes pas sur le même tempo. Monsieur est quand même un peu coincé. Les résidus de son éducation stricte se font toujours ressentir même s'il prétend s'en être affranchi depuis plus d'une quinzaine d'années et qu'il affiche, presque comme une carte de visite, un libéralisme résistant à toute épreuve!

Un appel téléphonique. (Grande et louable initiative!) Il fixe lui-même la date et le jour où vous êtes tous les deux libres pour vous proposer une sortie.

Le jour J, ladite soirée est déjà bien entamée, et vous n'avez toujours pas de ses nouvelles. Heureusement que vous êtes du genre cool et spontané (plutôt « You've Got Mail » que « Fatal Attraction »!) et que vous lui envoyez un SMS le questionnant sur le devenir des prochaines heures à venir. Surprise (de taille): monsieur est à des centaines de kilomètres et… compte y passer la soirée! Exit votre programme. Vous auriez donc pu poireauter indéfiniment. Mais n'est pas Ulysse qui le veut. Les pénélopes sont tellement rares de nos jours et encore… faut-il être à la hauteur! (Vous enchaînez de go la seconde partie de la soirée à faire la fête avec vos amis de toujours.)

Vous ne savez plus si vous avez affaire à une poule mouillée ou à un coq sans crête!? Une chose est certaine, ce mec est à « deleter » absolument. Vous pressez sans plus tarder sur la touche DTERB: « Delete-Trash-Empty- Recycle Bin ». Disparu. Cet homme qui n'a en fait jamais existé dans votre vie, est purement et simplement éliminé. Buvez - Éliminez comme la pub de Contrex. Ouf! Comme c'est simple des fois. Suffit seulement d'appuyer sur le bon bouton… à temps!

Descriptif: n'a en commun avec Richard Gere que deux rôles principaux dans deux films! Adore les grands noms et la jet set. Atteint de « mentionite » aiguë: déviation du verbe qui consiste à truffer ses phrases de références mondaines respectables (lieux, personnalités…). Attention, ce que vous risquez de prendre pour un clin d'œil malicieux n'est en réalité qu'un tic nerveux.

 



02/05/2010
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