Bélinda Ibrahim

Pourquoi j'écris | Editions de la Revue Phénicienne 2009

« Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » Marguerite Duras, Extrait de Ecrire

 

 

Ecrire me permet de respirer avec les mots…

 

 

Qu'aurait été ma vie sans l'écriture ? Je me le suis souvent demandé. Mon rapport avec la plume et mes mots couchés sur papier tout d'abord puis plus tard, avec les avancées technologiques, sur l'écran de mon PC, a été vital depuis mon enfance.J'ai commencé à tenir un journal –exclusivement en français-dès l'âge de 10 ans. J'attendais avec impatience ces moments d'intimité, le soir avant de dormir, durant lesquels je formulais en mots écrits mes diverses pensées de la journée.  Cela a duré des années.

 

A 19 ans, j'entamais déjà un début de carrière dans le journalisme. Ma passion pour l'écriture a pris alors une autre forme. Je n'écrivais plus uniquement pour moi mais aussi pour les autres.  Je dirai en évoquant cette étape que ma « double vie » venait de commencer ! 

Il y a eu, depuis, deux formes d'écritures : celle que j'appelle l'écriture « professionnelle » qui me permet de pratiquer mon métier sans forcément impliquer mes émotions et l'écriture « à fleur de peau », qui est celle dans laquelle je m'engage et je me passionne, et sans doute celle qui me dévoile vraiment. Ce double métier de journaliste et d'auteur représente pour moi l'équilibre idéal dans l'écriture : j'écris à la fois pour moi et pour les autres et ceci me permet de porter plusieurs masques et d'être plusieurs plumes à la fois qui se cachent derrière un même nom. Tout comme il me plait beaucoup de jongler entre fiction et réalité, de laisser planer le doute sur ce que j'écris. Est-ce du vécu ou le pur fruit de mon imagination ? Ce qui est certain, et en ce qui me concerne, c'est que les textes les plus vibrants collent totalement à ma réalité. Ce n'est que dans l'urgence de la passion que mes mots sont les plus vrais, et reflètent très justement mes états d'âmes du moment. 

Pourquoi j'écris ? Avant tout pour moi-même, parce que je ne peux pas concevoir ma vie sans mes heures quotidiennes d'écriture, mais également pour partager avec les autres mon ressenti et faire de mes mots individuels des mots collectifs dans lesquels d'autres personnes pourraient également se retrouver.

La première publication est ce que j'appelle le « baptême de l'encre ». C'est le moment où l'on s'expose et que l'on devient, par conséquent, l'objet de toutes critiques. On appartient alors au domaine du public et il faut pouvoir assumer ce dévoilement et ses retombées. Parce que les lecteurs ne sont pas tous des encenseurs, loin de là… A partir du moment où on se met à nu, il faut s'attendre à être aimé ou lynché mais surtout à pouvoir s'en amuser! 

Ecrire en français n'a pas été pour moi un choix mais une évidence : c'est mon unique langue d'expression et ma source de lecture. Quand on ne lit que des livres en français, qu'on s'exprime en « franbanais » des fois peut-être mais qu'on réfléchit en français, c'est une langue qui s'impose à soi. Sans compter qu'elle représente pour moi –et sans équivoque-mon unique appartenance culturelle.

Les écrivains qui m'ont marquée sont Roland Barthes et plus précisément son magnifique ouvrage« Fragments d'un discours amoureux » qui est mon livre de chevet et en quelque sorte ma Bible de l'amour. Mais aussi toute l'œuvre de Stephan Zweig, Romain Gary, Milan Kundera, Marguerite Duras et beaucoup d'autres…Je lis beaucoup et ce sont les romans (surtout autobiographiques) qui me passionnent. Ceci dit, il m'arrive souvent de craquer pour des lectures légères et croustillantes comme « Le journal de Bridget Jones » parce que je privilégie l'humour sous toutes ses formes (et ses couleurs !) et qu'un livre ne doit pas nécessairement causer des migraines, provoquer un déluge de larmes ou une nuit d'insomnie pour remises en question existentielles, pour être lu et apprécié !

 

J'ai eu un énorme faible pour le mauvais garçon et auteur génial qu'est Frédéric Beigbeder qui m'exaspère et me touche à la fois. Si j'en parle au passé c'est parce que je n'ai pas lu son avant-dernier ouvrage « Au secours pardon » et que j'avais sans doute saturé…  Mais j'ai craqué de nouveau pour « Un roman français » qui vient de paraitre. Comme quoi on finit toujours par retourner à ses premiers amours !

Pour revenir au pourquoi de l'écriture, je voudrais mentionner ce qui m'apparait indispensable : c'est sur le fond de la guerre civile du Liban que ma vie s'est construite. Ecrire m'a indéniablement permis de survivre, de respirer les moments où j'étais en apnée, et de surmonter mes traumatismes. Depuis, je ne cesse de prendre ma plume à chaque fois que me sens suffoquer, imploser…et que le remède s'est toujours avéré quasi miraculeux : je respire mieux dès que j'ai achevé mon texte. Est-ce que mon parcours aurait été le même si je n'avais pas vécu la guerre ? Je me le demande souvent…

Et puis également une question récurrente : comment se vivre au mieux avec le temps qui passe ?  Sans doute en immortalisant certains de ses moments, en capturant avec des mots ce qui deviendra un jour quelques bouts d'éternité… 

 



19/05/2010
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